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Les communautés nouvelles |

FRIBOURG Fribourg
Eucharistein
crée un institut
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Après de longues années de maturation, l’Institut Philanthropos a été présenté hier à Bourguillon. Présidé par Nicolas Michel, ce centre d’études anthropologiques est né de l’initiative de Nicolas Buttet, le «guide» de la Fraternité Eucharistein, établie à Epinassey. Une naissance qui a mis du temps, en raison des incompréhensions que nourrit le mouvement du prêtre valaisan |
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L’Institut Philanthropos, logé dans les locaux des sœurs de Baldegg à Bourguillon, est le fruit d’un long et patient combat de Nicolas Buttet |
Dès le mois de septembre prochain, Fribourg comptera un centre de formation supplémentaire. L’Institut européen d’études anthropologiques, Philanthropos, a été présenté hier dans ses locaux du foyer Salve Regina à Bourguillon. Au cœur de ce projet, la Fraternité Eucharistein dont le modérateur – et guide – est le Père Nicolas Buttet (lire ci-dessous). Cet institut s’adresse à tous les jeunes qui, le bac en poche, désirent «se former à une approche unifiée de l’être humain» mais aussi à toute personne désireuse de «réorienter sa vie». Seront dispensés quelque 700 heures annuelles de cours, centrées autour de la philosophie et de la théologie, enrichies par des approches thématiques. L’enseignement de l’institut intègre une dimension «pratique», en lien avec la politique, l’économie, l’écologie ou le droit…
De grands noms
L’institut a le désir d’être davantage qu’un lieu de savoir. Les étudiants –
une trentaine sont attendus au début – peuvent être hébergés sur le site de
Salve Regina, mis à disposition par les sœurs de Baldegg. Ils sont aussi invités
à vivre en communauté, dont l’animation spirituelle est assumée par la
Fraternité Eucharistein.
L’institut a trouvé un président de poids en la personne de Nicolas Michel,
professeur de droit à l’Université de Fribourg et proche de Nicolas Buttet. Le
comité d’honneur, caution morale du projet, comprend une vingtaine de noms, dont
les cardinaux Cottier et Schönborn, Sœur Emmanuelle et des personnalités en vue
dans le milieu catholique, comme Alain Deleu, Jean-Marie Lemene ou Jean-Yves
Naudet. Quant au corps professoral, qui travaillera bénévolement, il vient de
toute l’Europe. L’Institut Philanthropos vise le haut de gamme, rassemblant une
palette de professeurs issus des plus grandes universités européennes: Pierre d’Elbee,
Guy Avanzini, Pascal Ide, Patrick de Laubier, Pierre Magnard, Jean-Marie Meyer
ou Joseph Marie Verlinde. Sans parler des enseignants helvétiques: Bernard
Schumacher, Pawel Dembinski, François-Xavier Puttalaz ou le père dominicain
Benoît-Dominique de la Soujeole…
Complémentaire à d’autres
Né en 2000, le projet a mis du temps à se concrétiser car son «originalité»
a suscité quelques craintes du côté de l’Université et de l’Évêché. Nicolas
Michel a insisté sur la volonté de l’institut de ne pas faire de concurrence ni
de double emploi, répondant ainsi au vœu de l’Instruction publique d’«une
insertion harmonieuse avec les offres de formation existantes».
Mgr Bernard Genoud s’est réjoui de la création de cet institut, qui répond à un
«besoin fondamental du monde contemporain». Aux yeux de l’évêque du diocèse, il
est temps pour «l’homme éclaté» de ce début du XXIe siècle de faire l’objet
d’une «anthroposynthèse»: Philanthropos aura la lourde tâche de rapprocher les
deux éléments du couple raison et foi dans un même souci d’analyse. Une
perspective soulignée par Nicolas Buttet: répondre à la crise des valeurs
actuelles en y apportant une «réponse unifiée». Avec une dimension académique –
«Il est un travail d’intelligence à conduire aujourd’hui» – interdisciplinaire
et pluraliste – ouverture à l’anthropologie d’autres religions, avec des
professeurs religieux et laïques.
L’Institut Philanthropos, présidé par Nicolas Michel, est dirigé par Yves Semen,
professeur à la Faculté libre de philosophie de Paris. Une fondation a été
constituée, placée sous la responsabilité de l’archiduc Rudolph d’Autriche et
une Association d’amis constituée et présidée par Laurent Passer.
L’établissement délivrera tout d’abord des attestations dans l’attente de voir
sa formation reconnue par d’autres institutions.
Le projet de Nicolas Buttet
Si le
projet Philanthropos a mis du temps à sortir de sa chrysalide, c’est aussi en
raison de la communauté dont il est issu. Car la Fraternité Eucharistein suscite
depuis 1996, date de sa création, des réactions diverses au sein de l’Église
catholique. Avec l’ouverture de l’Institut Phlanthropos, la fraternité
officialise ainsi sa présence en terres fribourgeoises, où elle compte de
nombreux adeptes.
Au départ de cette aventure spirituelle est Nicolas Buttet, juriste
universitaire qui décide en 1992 de se retirer à Notre-Dame du Scex, en Valais.
Le jeune ermite fonde en 1996 Eucharistein et s’installe à Epinassey, près de
Saint-Maurice, d’où la communauté essaime dans toute la Suisse romande. A mesure
que la fraternité de Nicolas Buttet gagne en rayonnement, l’Église officielle
prend ses distances. Dépendant canoniquement de l’Abbaye de Saint-Maurice, le
groupe dérange. Il est accusé de dérives sectaires, tant l’expression de sa foi
est étrangère aux habitudes de l’Église traditionnelle. Mgr Roduit, père-abbé de
Saint-Maurice, reconnaît que les jeunes d’Epinassey «ont une manière radicale de
vivre l’Évangile».
Le succès est pourtant au rendez-vous: la communauté s’élargit, recevant des
sollicitations de toute l’Europe. Placée sous l’aile de Jean Paul II, la
fraternité de Nicolas Buttet connaît un tournant décisif en 2003, lorsque son
centre de gravité passe du Valais vers le Var, en France. L’évêque du diocèse de
Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey – le premier évêque français à être issu d’un
groupe charismatique – accorde sa reconnaissance canonique à Eucharistein, qui
devient en juin une «association publique de fidèles». Une partie de la
communauté s’établit dans l’immense propriété de 115 hectares – don de l’évêché
– située à Château-Rima, dans la commune de La Martre. Le site devient le lieu
de formation de la fraternité de Nicolas Buttet, qui est ordonné par Mgr Rey le
29 juin dernier. Un de ses bras droits, le Gruérien Jean Python est fait diacre
à la même occasion.
Ces ordinations sont diversement perçues par la hiérarchie catholique suisse.
Quelques jours avant son ordination, Nicolas Buttet est reçu – après de
nombreuses demandes restées sans réponses – par plusieurs évêques suisses, dont
Mgr Genoud. La rencontre a lieu à Einsiedeln et permet de «régler beaucoup de
malentendus».
Affirmation catholique
Le père Nicolas Buttet ne se limite pas à porter la fraternité qu’il a
créée. Il anime aussi le Groupe Dorothée et Nicolas de Flüe, qui donne
régulièrement des conférences à Châtel-Saint-Denis, notamment. Et c’est bien lui
qui est à l’origine du centre d’études anthropologiques de Bourguillon.
L’enfantement de cet établissement a été douloureux, notamment à cause des
résistances de l’évêché de Fribourg, qui a mis plus de deux ans avant de donner
son accord. Pour Nicolas Buttet, la bénédiction épiscopale était une condition
sine qua non de son établissement à Fribourg, bien qu’elle ne fût point
nécessaire juridiquement.
Plus généralement, le caractère «prophétique» et peu conventionnel d’Eucharistein
engendre à la fois de la jalousie et de la résistance. «La dynamique d’une
communauté nouvelle cherchant à répondre aux besoins de notre époque ébranle la
baraque qui est souvent pleine de poussière. L’Esprit Saint a plus d’imagination
que les curés et les évêques. Le pape Jean XXIII a dit qu’il faut de l’air frais
dans cette Église. Eh bien! il y a de l’air frais qui entre, mais peut-être pas
comme elle l’aimerait!» disait-il récemment.
Aujourd’hui, Eucharistein rassemble une bonne vingtaine de frères et sœurs,
postulants et novices. A Fribourg, la communauté compte une dizaine de
personnes, sans parler de la vingtaine d’étudiants établis au foyer. Il est
évident que l’institut Philanthropos permettra à Eucharistein d’étendre son
aura. A la dimension communautaire et spirituelle s’ajoute une dimension
intellectuelle. Sur la «catholicité» de la démarche, Nicolas Buttet explique que
«pour s’approcher des autres, il ne faut pas perdre son identité». Le dialogue
ne passe pas «par l’effacement des caractères propres». L’institut, inauguré
hier à Bourguillon, sera peut-être interprété, dans quelques années, comme une
étape dans la nouvelle affirmation d’une pensée catholique qui, depuis le
Concile Vatican II, s’était faite bien discrète.
Patrice Borcard, 20 avril 2004